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Écriture & Mongolie

En 1992, lors du tournage de "Mazeppa", le film de Bartabas, nous étions régulièrement sollicités par des journalistes en quête d’articles ou de reportages. Ils venaient, demandaient une interview, l’obtenaient facilement puis repartaient. Ils inventaient ensuite une histoire ou bien brodaient autour de notre échange, jusqu’à souvent le dénaturer.

Un jour, l’un d’entre eux prit le temps de discuter, d’écouter, de s’intéresser. Il chevauchait un gros cube et connaissait les chevaux. L’interview fut un vrai plaisir. Puis il revint, juste comme ça, pour dire bonjour ou boire le café. Un lien se créa. Il préparait un livre sur le tournage. A la sortie de "L’aventure de Mazeppa", j’eus la surprise de constater qu’Homéric, puisqu’il s’agit de lui, avait su capter et transcrire ce que nous lui avions confié, sans broder, sans dénaturer. Je tiens à rendre aujourd’hui hommage à son travail de journaliste.
Dans le même temps, sortit sur les écrans "Urga", le film de Nikita Mikhalkov. Je me souviendrai toujours du choc que ce fut pour moi de me retrouver dans le métro parisien après ce film. Un rêve teinté de nostalgie s’était éveillé en moi, et je me promis d’aller la-bas, chevaucher dans les steppes.

Quelques années plus tard, parut "Le loup mongol", me ramenant vers Homéric et la Mongolie. Le rêve et la nostalgie se réveillèrent en moi, me poussant à renouer le lien avec l’auteur, faute de partir en voyage. Nos retrouvailles en pays cévenol confirmèrent la relation et attisèrent l’envie de grands espaces, de petits chevaux et de liberté. C’est donc tout naturellement que je lui annonçai mon bonheur de partir pour transmettre la kinésiologie au pays du grand Kahn. Il me fit promettre une carte postale et un récit de l’aventure dès mon retour. Ce qui fut fait avec grand plaisir.
Aujourd’hui, il m’a fait l’honneur d’un texte inédit pour encourager mon prochain voyage. Je vous propose de le partager.

LES MONGOLS
Ils ont des yeux immenses, à l’identique du ciel au-dessus de leur tête. De vous, rien ne leur échappe, et comme avec les chevaux il ne sert à rien de tricher, de faire semblant : un clin d’oeil leur suffit pour faire l’inventaire de votre personne. Ils vous observent cependant avec une telle pudeur, tant de délicatesse, que vous n’avez pas le sentiment d’être déshabillé.
J’aime les Mongols. Ils sont Amour. Leurs chants ne racontent que cela : l’Amour de la nature, des chevaux, des femmes, des amis, et des enfants, dont ils prennent soin de changer le prénom et le sexe lorsqu’ils les évoquent, afin d’égarer les esprits malins ravisseurs de chérubins. J’aime leur générosité, eux qui ont si peu, leurs yeux étoilés, qu’une vie rude ne ternit pas. Ils me manquent. Leurs sourires, leurs coutumes, leurs chants, leur silence.
Fouler leurs territoires si vastes fut l’un de mes plus grands bonheurs. Je me souviens de l’avion dont les ailes caressaient des collines sensuelles, d’une herbe verte et dorée, appétissante, tapissée d’une multitude de fleurs, et sur laquelle étaient dispersées, telles de pleines lunes, des yourtes, et pour satellites, de nombreux troupeaux, mufles au sol. Des centaures aux habits de soie, pourpre, ocre, azur, galopaient dans le soleil, la face pamplemousse, le toupet de crins cabré dans la lumière, virgule de joie. L’avion allait se poser en pleine steppe, au coeur d’un rêve.
En symbiose avec la nature, les Mongols jardinent les sentiments avec un je-ne-sais-quoi de charnel, d’heureuse gourmandise fraternelle. Dans l’immensité des steppes ou parmi les montagnes, où sans cesse le grandiose vous étreint, on n’est jamais réellement perdu : surviendront deux voies portées par le vent, et si vous prêtez l’oreille, ouvrez les yeux vers les huit directions, vous ne tarderez pas à voir surgir entre les vagues d’herbe onduleuse un enchantement, un couple de cavaliers, jambe contre jambe, et conversant ainsi que le feraient deux pies grasses. Les Mongols volent dans l’espace aussi naturellement que les aigles se laissent tomber du plus haut des cieux, ennivrés.
Et puis, il ya ces lunes douillettes que sont les yourtes. Le coeur. On y entre et s’y installe sans frapper. Il suffit juste de prévenir l’habitant de tenir ses chiens qui sont souvent roulés en boule au bas de la "maisonnée" de feutre. Aussitôt, du thé salé est entre vos mains, d’autres douceurs encore... Bien vite, ces hôtes d’exception tissent un guillochis tendre à votre présence, décorent leurs yeux d’accroche-coeur et vous illuminent d’un joli rang de perles à leur bouche.
On rit beaucoup en Mongolie. On y pleure aussi parfois. Tant d’amour, de solitude, de vastitude, de sauvages beautés, et cette impression, euphorisante et oppressante, d’être quelque part dans l’ordonnancement des univers.
Homeric



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